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Une production et une consommation plus responsables et durables des ressources finies de la Terre sont devenues un mot d’ordre planétaire, touchant à chacune des activités de l’Homme. Le secteur ICT ne pouvait y échapper. A la fois pour tendre à une efficacité optimisée des systèmes, logiciels, applications et services IT mais aussi pour mettre ses propres potentiels et innovations au service des autres secteurs.

Les Trente Glorieuses sont loin derrière nous. Les crises qui ont suivi ont éveillé certaines consciences mais ce n’est qu’assez récemment que divers phénomènes - tels l’augmentation du prix de l’énergie et l’épée de Damoclès climatique que personne, ou presque, désormais n’ose nier - ont réellement envoyé un signal d’alarme.

L’heure est à une exploitation plus responsable et frugale des ressources. Les technologies informatiques et communicationnelles (ICT) en sont, sans conteste, l’un des instruments. Mais elles doivent commencer par s’appliquer leur propre médecine. En effet, leur imbrication croissante dans les sphères économiques et quotidiennes, la multiplication des data centers, l’essor du cloud computing, le foisonnement des équipements électroniques, alourdissent inexorablement leur propre empreinte environnementale. Il est devenu urgent de privilégier le green IT, soucieux d’optimisation.

Au-delà, c’est aussi et surtout d’IT for green qu’il s’agit. Les exemples sont légion : surveillance et optimisation de la consommation énergétique des bâtiments, de la logistique, de la mobilité, smart grids, création de villes intelligentes, mise en oeuvre de solutions de communications et de collaboration minimisant les déplacements, etc.

Nous avons interviewé Pierre Leclercq, directeur opérationnel d’EuroGreen IT, centre d’expertise et de prototypage spécialisé en IT et développement durable, établi à Mons. Il est le fruit d’un partenariat public-privé regroupant notamment la Région wallonne, Agoria, IBM, Cisco, Alcatel Lucent, Deloitte, Mobistar, Microsoft et la Climate Savers Computing Initiative.

Pierre Leclercq eurogreen itLe green IT et l’initiative EuroGreen IT en particulier sont-ils le fruit d’une opportunité ou d’une nécessité ?

Les deux à la fois. Ici, dans la région de Mons, le réveil du green IT est venu lors de l’implantation d’un datacenter Google et de la prise de conscience des aspects écologiques qu’un tel centre signifie en termes d’utilisation IT. Cela exige une réflexion poussée en matière de consommation, d’impact environnemental potentiel, d’efficience énergétique. Sont venues s’y greffer les réflexions de l’Union européenne en matière de code de bonne conduite à adopter par les opérateurs d’infocentres. De là est née notre propre réflexion sur ce que cela signifie pour de plus petits opérateurs dont l’infrastructure se résume à une petite salle serveurs ou à un petit parc de PC. Il y a là différentes choses à faire, en tant que bon gestionnaire ou bon père de famille. Nous nous sommes rendu compte qu’au-delà de la corporate social responsibility de l’entreprise, il y avait une véritable opportunité à saisir dans la mesure où le monde entier a fait de l’empreinte écologique un souci premier dans divers domaines. L’IT offre la capacité de mettre à disposition les outils de mesure, de gestion, les procédures d’optimisation nécessaires.

Il y a toutefois un écueil : dans le contexte de l’IT for green, comment faire en sorte que tous ces outils ne noient pas l’utilisateur sous la masse d’informations qu’ils génèrent ? Il faut pouvoir les exploiter intelligemment. Placer 2.000 caméras dans Londres ou 50 capteurs par bâtiment est une chose. Encore faut-il pouvoir exploiter l’information, déterminer les comportements normaux, statistiquement anormaux, ceux nécessitant une réaction immédiate... On ne peut avoir un opérateur humain par bâtiment, un centre Perex dans chaque commune pour surveiller ce qui se passe dans ses rues... Il faut donc de la détection automatique, de la gestion, de l’analyse, du décisionnel sophistiqué.

Un investissement conséquent qui pose la question du ROI...

Certes mais il est un fait que les ressources qu’on veut économiser deviennent de plus en plus coûteuses. Il faut prendre en compte le coût de l’énergie, le temps perdu en déplacements, les consommations inutiles, le stress subi inutilement...Les systèmes qui se déploieront le plus rapidement seront ceux qui permettront de réelles économies, dont les technologies à mettre en oeuvre sont les moins chères. Or, la démocratisation est en marche. Voyez les capteurs. Ils coûtaient encore 500 euros voici peu. On en trouve désormais à 30 euros pièce. Un jour, ils seront intégrés à la peinture murale. On verra se multiplier les systèmes de collecte de données, dans les voitures, les bâtiments... Et ce, même si le coût, aujourd’hui, demeure de nature expérimentale, c’est-à-dire élevé. Mais il n’est déjà plus prohibitif. Il s’agit, dans un premier temps, de choisir les bâtiments où le ROI est le plus immédiat, où les systèmes seront rentables à assez court terme. La question est ensuite de voir si le citoyen est prêt à appliquer les recommandations qui découlent des systèmes de mesure. Une fois les premières économies, quasi évidentes, réalisées à prix réduit, il faudra passer à deux autres types d’adaptation: une adaptation comportementale et un investissement plus massif qui soulèvera la question des budgets disponibles.

Au-delà de la rentabilité immédiate, quels critères devrait-on retenir pour fixer les priorités : l’avenir de la planète, la rentabilité financière des entreprises, l’avantage concurrentiel, l’emploi ?

Le rôle d’EuroGreen IT n’est pas de décider des grandes politiques mais de fournir une guidance, en termes de choix cohérents, sur des thèmes arrivés à une certaine maturité. Nous ne disons pas : “privilégiez la mobilité plutôt que la gestion des bâtiments” mais plutôt “si vous choisissez le bâtiment, nous avons testé diverses technologies et nous vous suggérons d’aborder le problème de telle manière. Si vous avez mille bâtiments mais un budget pour cent, voici ce que pensent les experts pour équiper les cent premiers bâtiments. Et voici comment décider de la deuxième phase de cent bâtiments.” Nous voulons éviter de nous intéresser à une problématique intellectuellement intéressante mais non mature en termes de volonté de déploiement technologique. EuroGreen IT a dès lors épinglé des problématiques représentant une certaine urgence : le télétravail, pour cause de dégradation accélérée des conditions de transport ; l’éclairage public, puisque la Belgique est la championne de la densité de lampes au km2, qu’il faut consommer mieux et qu’une directive européenne impose de passer à moyen terme à un nouveau système ; et les bâtiments, parce que le parc immobilier belge est comparativement vétuste et énergivore.

A quel point l’IT for green est-il porteur d’innovation ?

Il y a un énorme potentiel pour des solutions créatives et innovantes mais leur déploiement se heurte à la réalité du parc installé. Plus fondamentalement, il y a beaucoup à faire pour repenser certains modèles. Par exemple, l’usage individuel exclusif de son propre véhicule alors que des ressources partagées, où on accepte d’être co-utilisateur et co-propriétaire, seront mieux rentabilisées. La réflexion doit également porter sur la manière de donner une seconde vie aux composants et matériaux, de les durabiliser et de les recycler. Nombre de ressources sont mal utilisées. Il s’agit de remettre en question le mode d’utilisation de la planète. Tout jeter tous les trois ans n’est pas une solution.

Quels pourraient être les déclencheurs ?

Le rappel à l’ordre par la jeune génération est bien plus efficace que l’indicateur d’un compteur intelligent ou qu’un beau tableau chiffré. L’émulation naît de la volonté de se comporter comme - ou mieux - que la norme. Les gens ne doivent pas se sentir isolés dans leur démarche. Il faut simuler l’impact global. Cela permet d’encourager les early adopters, les plus téméraires. Il faut travailler à la fois sur le tangible, le comportemental, l’esprit de groupe et les générations futures. On n’implique aujourd’hui que les informaticiens, techniciens, architectes réseau... On oublie peut-être d’inclure des psychologues dans l’équipe.

Quelle place les acteurs locaux doivent-ils occuper dans le phénomène IT for green ?

Il y a là une double nécessité. Il s’agit, d’une part, de résoudre des problématiques locales : nos bâtiments, nos bouchons... On ne les confiera pas à des acteurs venus d’ailleurs. L’emploi local pourra ainsi se développer. Ensuite, tout comme la révolution Internet a créé une nouvelle industrie, l’IT for green est un sous-ensemble de la vague cleantech. C’est une opportunité à saisir. Il faut faire tout ce qui est nécessaire pour ne pas être un suiveur ou un lâché du peloton mais être dans le groupe de tête, pour développer des solutions locales et les exporter ensuite. Voilà pourquoi EuroGreen IT tient à impliquer un maximum de PME, à former une tête de peloton, à favoriser la réflexion, tout en s’appuyant sur de grands partenaires qui donneront une visibilité internationale aux petits acteurs locaux qui proposent des solutions originales ou complémentaires des leurs. C’est un mécanisme accélérateur - tant de maturité que de présence à l’international.

Interview Brigitte Doucet

Après avoir travaillé pour Apple, Inference, Matranet et US West Communications, Pierre Leclercq a assumé pendant vingt ans les fonctions de directeur Business Development pour l’agence de développement économique Invest in Belgium de la Région wallonne. Outre ses fonctions de directeur exécutif d’EuroGreen IT, Pierre Leclercq est actuellement président du conseil d’administration du Microsoft Innovation Center de Mons et directeur Business Development de la Digital Innovation Valley de Mons.